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Rencontre avec Julia Coste, cofondatrice de l’association Monthly Dignity​

Article publié par Alya MIKOU le 09/08/2021

Rencontre avec Julia Coste, cofondatrice de l'association
Monthly Dignity

Elles sont collégiennes, lycéennes, étudiantes, travailleuses précaires, mères célibataires, migrantes ou sans-abris. Elles doivent renoncer à changer de protections périodiques autant qu’il le faudrait, faute de moyens. Ces femmes sont victimes de ce que l’on nomme la « précarité menstruelle ».

 

Nous avons rencontré Julia Coste, cofondatrice de l’association Monthly Dignity.

 

 

Bonjour Julia, pourrais-tu nous en dire un peu plus sur toi ?

« Je m’appelle Julia Coste, j’ai 22 ans et je suis co-fondatrice de l’association Monthly DignityJ’ai fait une licence en sciences politiques et développement international à McGill au Canada et je suis maintenant en master droits de l’Homme et actions humanitaires à Science Po Paris. »

Monthly Dignity, c’est quoi ?

« Monthly Dignity, c’est une association humanitaire que j’ai co-fondé en novembre 2017 au Canada ; nous luttons contre la précarité menstruelle

Comment t’es venue l’idée de lancer ce projet ?

« À l’origine, je ne voulais pas vraiment créer une organisation sachant que je n’avais aucune expérience. En général, les étudiants rejoignent des associations de leur campus ou des associations qui sont dans leur ville.

Je me suis renseignée et je n’avais trouvé aucune association, il y avait des abris mais rien qui s’intéressait spécifiquement à la précarité menstruelle. C’est un sujet qui m’a toujours intéressé, j’ai alors pensé à lancer une initiative d’une fois en faisant des partenariats avec des artistes engagés. Je voulais vendre leurs œuvres et utiliser les bénéfices pour l’achat de produits menstruels. Je me suis ensuite dit qu’il faudrait peut-être que je réfléchisse sur le long terme et c’est à ce moment que j’ai recruté ma co-fondatrice et l’association Monthly Dignity Canada est née ! »

Comment Monthly Dignity France a vu le jour ?

« La branche française de Monthly Dignity a été fondée en 2019 par cinq filles qui étudiaient à Science Po Paris. Depuis que je suis rentrée en France, j’ai rejoint l’équipe française et je suis devenue présidente de l’association.

En France, nous sommes encore en plein développement, nous avons distribué 18 000 produits alors qu’au Canada, ils sont à plus de 160 000 produits distribués.

Notre équipe exécutive est actuellement composée de cinq personnes et nous avons un pôle partenariat associatif, un pôle innovation ainsi qu’un pôle relations commerciales.

Tous les semestres, nous recrutons de nouveaux membres et créons de nouveaux pôles en fonction des objectifs que nous voulons atteindre. » 

 

Comment se passent vos récoltes ? D'où viennent les produits menstruels que vous distribuez ?

« Idéalement, on essaye d’avoir des partenariats avec des fabricants de produits d’hygiène menstruelle. C’est ce qui a lieu au Canada : ils sont en partenariat avec une entreprise qui fabrique les produits d’hygiène menstruelle pour différentes marques connues.

En général, avant l’étape du packaging, les produits sont les mêmes en termes de fabrication. Dès qu’il y a des invendus ou des changements de stratégie marketing (changement de la couleur du produit, du logo…), il y a plein de produits qui pourraient être utilisés mais qui ne sont pas revendus dans les magasins. Grâce à notre partenariat avec ce fabricant, on récupère les produits menstruels invendus dans les entrepôts et on les distribue.

Au Canada, on a lancé l’association à un moment très important : à cette époque, la précarité menstruelle n’était pas un sujet dont on parlait et aucune association n’était dédiée à cette cause. Le fabricant était donc ravi d’avoir un partenariat avec nous. En plus de l’aspect écologique, on s’occupe de récupérer et de distribuer les produits d’hygiène menstruelle, ils font alors une bonne action sans avoir de travail supplémentaire. Ce type de partenariat est idéal car durable. »

« En France, ça ne marche pas vraiment pareil : n’y a pas une grande usine qui fabrique des protections hygiéniques pour toutes les marques. 

La façon de penser en France est très différente comparé au Canada puisqu’ils sont particulièrement engagés. Notre campus se revendiquait féministe, presque tout le monde était féministe, ce n’était pas difficile de recruter, on avait plein de gens qui voulait aider.

En France, on est toujours à l’étape où il faut se justifier. Certaines personnes nous disent : « oui, les gens pauvres qui ne peuvent pas s’acheter de protections hygiéniques, c’est leur problème. Tout le monde a des opportunités égales dans la vie, tu mérites ce que tu as et on ne va pas donner des choses gratuites ». Ou aussi : « Pourquoi faire un don qui ne va aider que des femmes ? Ce n’est pas juste. ».

On arrive quand même à avoir des partenariats, mais avec des petites entreprises. Le problème de ces petites entreprises, c’est qu’elles produisent plus des produits écologiques et réutilisables. Ce n’est pas forcément le plus adapté aux personnes en situation de précarité. En effet, il faut pouvoir laver et sécher régulièrement une culotte menstruelle alors que certaines personnes sans-abris n’ont même pas de culotte de rechange. C’est parfois inimaginable pour eux d’avoir des culottes spéciales règles ou même d’avoir une cup menstruelle et de devoir la vider aux toilettes, puis se laver les mains, la laver et la désinfecter. »

 

 

Les choses commencent à bouger en France…

Dernièrement, les langues ont commencé à se délier. Nous avons enfin commencé à entendre parler de la précarité menstruelle qui est un sujet qui touche près de 2 millions de femmes en France.

« Il y a eu des posts d’influenceuses sur Instagram, comme @mybetterself qui a dénoncé cette précarité menstruelle, mais je ne pense pas que l’ouverture à la conversation sur ce sujet ait commencé seulement grâce à cela.

Lors du premier confinement, une femme avait témoigné : elle était allée acheter des protections hygiéniques et lorsqu’elle s’est faite arrêtée par un policier, elle a reçu une amende car son achat n’était apparemment pas un déplacement justifié. 

À la suite de toutes ces discussions et débats, le gouvernement a promis des protections hygiéniques gratuites disponibles dans les collèges et lycées. C’est un geste fort, important en termes d’égalité, de sensibilisation et de normalisation de ce sujet si tabou en France.

Mais malheureusement, cette décision n’impactera pas du tout les personnes avec lesquelles on travaille.   

« Ces personnes qui sont dans la rue et qui parfois, doivent choisir entre un repas et une protection menstruelle.»

Cette décision fait que l’on se pose des questions sur les priorités du gouvernement.. » 

Comment s’organisent vos distributions de produits ?

« On travaille avec des centres d’accueil et des abris et dans le futur, on aimerait bien travailler avec des associations qui font des maraudes et même avec des prisons.

En général, on travaille souvent avec des établissements pour les personnes dans le besoin, parce que les personnes en précarité menstruelle sont généralement en situation de précarité tout court, et elles ont besoin d’un accompagnement.

Nous proposons des protections hygiéniques jetables ainsi que des produits réutilisables. Si certains abris sont intéressés par ces produits réutilisables, nous organisons des ateliers pour sensibiliser et expliquer comment les utiliser. Le plus simple pour ces femmes reste la serviette hygiénique jetable.

En plus de travailler avec des abris, nous travaillons aussi avec des CHU. La PASS (Permanence d’Accès aux Soins de Santé) du CHU de Reims nous a contactés car ils avaient un besoin urgent de produits d’hygiène menstruelle. Après leur demande, on organise des campagnes de levées de fonds ou des événements comme des tombolas pour pouvoir acheter des protections hygiéniques. » 

 
 
 

Le COVID-19 a-t-il eu des conséquences sur votre travail ?

« Au Canada, ils ont pu diversifier leurs actions pendant la pandémie car ils n’étaient pas confinés. Ils ont commencé à distribuer plusieurs choses, comme de la nourriture, en plus des protections hygiéniques. Les membres de l’association allaient récupérer les dons pour que les donateurs n’aient pas à se déplacer et ensuite, ils les distribuaient aux abris partenaires.

En France, nous avons aussi essayé de diversifier nos actions. Beaucoup d’accouchements ont eu lieu dans des abris, nous avons alors commencé à distribuer tout type de produits d’hygiène, comme du savon, des couches pour bébés en plus des produits menstruels.

Malheureusement, le COVID a changé certaines choses : nous n’avons plus accès aux abris pour respecter les distances de sécurité. Les ateliers de sensibilisation et tout ce que l’on voulait organiser avec du contact humain ne sont plus envisageables pour l’instant. Même la mobilisation des bénévoles est plus difficile… » 

 
 
 

Comment pouvons-nous aider ?

«Nous avons une plateforme de don financier en ligne. 100% des dons sont reversés à l’achat de protections.

Nous organisons aussi des collectes que l’on annonce sur nos réseaux sociaux et pendant ces collectes, vous pouvez faire des dons de produits menstruels. Vous pouvez nous contacter par mail ou sur nos réseaux sociaux et nous viendrons chercher n’importe quel don. Vous pouvez également liker et partager nos post pour donner de la visibilité à notre projet.  » 

 
 
 

Les contacts de l'association :

En France :

Mail : monthlydignity.paris@gmail.com

Facebook – Instagram – Site internet  – Plateforme de don 

 

Au Canada :

Mail : monthlydignity@gmail.com

Facebook – Site internet – Plateforme de don 

  

 
 
 
 

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