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La précarité menstruelle, un problème encore trop peu connu

Article publié par Rébecca FOSSA le 23/03/2021

Règles, ragnagna ou même les anglaises qui débarquent, tant d’expressions pour désigner les menstruations. Après tout, en France il s’agit encore aujourd’hui d’un sujet plutôt tabou. L’UNESCO estimait en 2018 que, dans le monde, seulement 2 filles sur 3 savent ce qui leur arrive lorsqu’elles saignent pour la première fois. Un tabou qui relègue au second plan un enjeu économique et social toutefois très important. Car avoir ses règles peut coûter cher. Certains diront que se protéger est un confort mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. En moyenne une femme est menstruée durant 39 ans. En France, pour le simple achat de protection hygiénique, elle dépensera 3420 €. Si l’on prend les dépenses dans leur globalité, c’est en moyenne 20 € chaque mois qui sont dépensés, que ce soit pour les protections, les antidouleurs, les rendez-vous médicaux, le linge de rechange et bien encore. Un coût plus que conséquent auquel il est aujourd’hui nécessaire d’apporter plus d’attention, car ces coûts mènent 2 millions de femme en France à la précarité menstruelle.

Précarité menstruelle : difficulté ou manque d’accès des personnes réglées aux protections hygiéniques par pauvreté.

Des produits fortement taxés

Revenons un petit peu sur l’histoire des protections hygiéniques. Considéré comme un confort, objet de consommation ou crime contre l’environnement, les protections hygiéniques à usage unique tel que nous les connaissons ne sont pas si vieilles. Elles n’apparaissent en France que dans les années 60 et s’accrochaient encore avec une épingle à nourrice. Il faudra attendre 1970 pour qu’elles arborent la bande adhésive et 1973 pour que leur publicité soit autorisée à la télévision. Puis la CUP (coupe menstruelle) sans latex apparaît dans les années 2000 en Angleterre. Mais jusqu’ici se protéger est un luxe. Oui, un vrai luxe car jusqu’en 2015, les protections menstruelles étaient taxées à 20%, autant que l’alcool. La taxe tampon a permis de réduire la taxe appliquée aux protections hygiéniques à usage unique à 5.5%. Mais la plus grande avancée dans la lutte des protections hygiéniques revient à l’Écosse l’année dernière. En effet, le 24 Novembre 2020 l’Écosse a été le premier pays au monde à rendre gratuites les protections hygiéniques. Gardons toutefois en tête que nos voisins européens ne sont pas toujours de bons exemples, en Hongrie la taxe est de 27%, au Danemark et en Suède de 25%.

La précarité chez les étudiantes

Alors où en est-on en France ? Certains lycées et universités ont pris des initiatives, comme l’université de Lille en 2018 ou des lycées parisiens en 2019, afin de distribuer des protections hygiéniques gratuites. Fin 2020, le président Macron annonçait des mesures à venir sur le sujet. Et c’est chose faite ! Le 23 Février dernier Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, a annoncé la gratuité des protections hygiéniques pour les étudiantes en France à partir de septembre prochain. Un plan à 15 millions d’euros par an, qui permettra la mise en place de 1500 distributeurs de protections bio dans les résidences Crous et dans les universités d’ici septembre.

Un plan qui pourra sembler non nécessaire pour certains et pourtant c’est une réponse à un besoin bien présent. En France, nous rappelons que 2 millions de femmes sont en situation de précarité menstruelle. La précarité menstruelle touche 7% des étudiantes, et 33% estiment avoir besoin d’aide pour se protéger. 13% ont déjà dû choisir entre des protections et un objet de première nécessité. Des chiffres alarmants publiés dans une étude de la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes) soutenue par Règles Élémentaires en Février 2021. Ne pas pouvoir se procurer des protections hygiéniques pour une étudiante c’est être gêné dans ses études et bien plus. 1 sur 10 fabrique elle-même ses protections et 1 sur 20 utilise du papier toilette. Tant de facteurs qui, tout comme un port prolongé, peuvent provoquer des chocs toxiques et s’avérer dangereux pour la santé.

Le sujet qui fait débat

La gratuité des protections hygiéniques soulève de nombreux débats qu’ils soient de l’ordre économique ou même environnemental. Oui, on ne va pas le cacher, les protections à usage unique polluent énormément et les produits chimiques qui les composent sont aussi dangereux pour l’environnement que pour les femmes qui les portent. Il existe de plus en plus d’alternatives comme la CUP ou les culottes de règles mais pour beaucoup le coût est encore trop élevé. Alors si vous souhaitez en savoir plus nous vous invitons à aller lire le rapport de la FAGE, vous renseigner auprès d’association comme Règles Élémentaires qui est la première association française dans la lutte contre la précarité menstruelle, mais aussi donner lors des collectes.

En septembre un premier pas pour les étudiantes aura été fait et nous espérons que le campus Eiffel bénéficiera d’actions dans cette lutte. Il reste encore des avancées à effectuer. Des avancées qui se feront par la sensibilisation auprès des jeunes et pour les plus âgés par une lutte pour faire tomber le tabou des règles.

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