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Les relations internationales des États-Unis

Article publié par Aïcha NDIAYE le 05/10/2021

Le 20 Janvier 2021 a été marqué par l’investiture de Joe Biden le 46ème président des États-Unis d’Amérique et de sa vice-présidente Kamala Harris. Il s’agit de la première femme à occuper ce poste.

 L’élection de Biden se présente comme un nouvel espoir pour les USA qui ont longtemps joué le rôle de Première puissance mondiale, mais aujourd’hui n’assistons-nous pas à un déclin de cette superpuissance ? 

Une ancienne colonie

Pour mieux comprendre la position des USA, il faut remonter dans le temps. En effet, la puissance que nous connaissons aujourd’hui n’a pas toujours été comme telle. N’oublions pas, il fut un temps où les États-Unis étaient une colonie anglaise, qui a obtenu sa décolonisation avec l’appui de la France qui voulait affaiblir l’Angleterre. De ce fait, 1823 représente une date très importante dans l’histoire de ce pays, le président Monroe déclare notamment : « L’Amérique aux américains », cette doctrine résulte d’une guerre des États-Unis contre l’Angleterre. Les anglais débarquent, prennent Washington et brûlent la moitié de la ville. Pour les américains, le monde extérieur est un danger dont il faut s’éloigner.

Cette doctrine Monroe durera de 1823 à 1917. Nous sommes en pleine guerre mondiale et les États-Unis se sentent redevable envers la France, d’où naîtra la phrase: « La Fayette nous voilà ». Ils participent alors à la Première Guerre Mondiale et permettent aux alliés de remporter la guerre. La société des Nations (SDN) est créée, mais les États-Unis, instigateurs de cette idée, décident de ne pas la rejoindre et ainsi de poursuivre dans leur isolement. Celui-ci  va perdurer jusqu’en 1941 : Pearl Harbor, une de leurs bases dans le pacifique, est attaquée par les japonais. Cette date marque officiellement la fin de l’isolement pour les États-Unis. Ils entrent dans la Seconde Guerre Mondiale et  vont y jouer un rôle très important en libérant notamment de nombreux pays sous domination allemande. 1945, fin de la guerre ; l’Europe est affaiblie, mais deux puissances s’en sortent vainqueurs : les États-Unis et l’URSS.

Un monde bipolaire apparaît, deux puissances aux idéologies totalement différentes se lancent dans la conquête du monde.

La "guerre froide"

Cette guerre froide va durer de 1947 à 1991, et engendre un affrontement indirect entre les deux superpuissances à travers des guerres telles que la guerre de Corée, la crise de Berlin, la crise de Cuba, le Canal de Suez, la guerre du Vietnam et bien d’autres.

Finalement, le 26 Décembre 1991, Gorbatchev annonce la fin de l’URSS, faisant ainsi des USA la première puissance mondiale. D’après Francis Fukuyama, il s’agit de la fin de la guerre. Il annonce également “qu’à partir de ce jour, nous vivons tous dans un monde de paix, sans guerre“. Mais le 11 Septembre 2001, les USA sont frappés par une attaque terroriste, cette date va marquer un nouveau départ pour les relations internationales.

De l’autre côté du globe, la Chine se développe petit à petit, grâce aux quatre modernisations de Deng. Elle s’ouvre au reste du monde et développe son économie en tissant des relations commerciales avec le reste du monde. De cette façon, la Chine va progresser et se hisser comme la première puissance économique mondiale. D’après les rapports du FMI de 2014, l’économie américaine est évaluée à 17,4 trillions de dollars alors que celle de la Chine est évaluée à 17,6 trillions de dollars. C’est une première, les USA sont désormais en seconde position. Cette baisse de l’économie américaine s’explique par le fait qu’en 2008, le monde a été touché par une sévère crise économique, la crise des Subprimes, qui a débuté aux USA et qui a lourdement impacté l’économie du pays. Pourtant, pour une grande majorité, les USA restent et demeurent la première puissance économique. Mais cela peut s’expliquer par le soft power des USA. En effet, ils ont su exporter leur culture partout dans le monde et se hisser en tant que leader. 

Rappelons notamment que les USA restent  la première puissance mondiale en ce qui concerne la puissance militaire. De fait, mieux vaut avoir les USA en tant qu’alliés qu’en tant qu’ennemis.

Trump au pouvoir

En 2016, les élections présidentielles se déroulent aux USA, et voient le candidat Donald Trump s’imposer. C’est la surprise pour de nombreuses personnes. Qui aurait cru un jour que cet homme puisse accéder à la présidence ? Issu du parti Républicain, il arrive avec une nouvelle perspective pour son pays. Les États-Unis ont toujours été au centre des relations internationales, mais avec Trump ce n’est plus le cas. Il décide de quitter les accords de Paris, souhaite quitter l’OTAN et réduit drastiquement son budget, une de ses promesses de campagne était notamment la construction d’un mur entre le Mexique et les USA. Il dissout l’ALENA et créé de nouveaux accords entre le Mexique, le Canada et les USA (AEUMC). Pour être bref, Trump est nationaliste, America First !. Nous pouvons alors faire allusion à la doctrine Monroe qui était dans ce même esprit. Une Amérique isolée en 2020 alors qu’elle a été depuis quelques années le centre de toutes les relations internationales, est-ce possible ? Le mandat de Trump est aussi marqué par une guerre commerciale. Sentant les avantages des USA menacés par la montée en puissance de la Chine, Trump applique des mesures douanières contre celle-ci. Cette dernière, accusant les USA de détériorer l’environnement du commerce international, choisit de riposter aux mesures américaines. Cette guerre commerciale durera 2 ans. Les USA autant que la Chine, en auront souffert.

Quelque temps après avoir trouvé un accord, le monde est marqué par une pandémie : le COVID-19. Une pandémie qui commença en Chine, plus précisément dans la ville de Wuhan. Cette pandémie bouleversa complètement  l’ordre mondial. « The Chinese Virus » clame Donald Trump, qui accuse la Chine d’en être responsable. Les USA sont particulièrement touchés par cette crise sanitaire, alors que la Chine, foyer de départ, s’en sort beaucoup mieux. Quelles lignes d’analyses peuvent en découler ? Comme en 1945, est-ce qu’à la fin de cette pandémie de nouvelles puissances vont-elles naître ? 

Est-ce le déclin des États-Unis ?

Aujourd’hui il reste difficile de répondre à ces questions. À ce jour, la situation des USA a encore changée. Comme nous le disions en début d’article, Donald Trump n’est plus président, les démocrates ont repris le pouvoir. Pouvons-nous ainsi espérer un changement ? Joe Biden et Kamala Harris représentent-ils un nouvel espoir ? Les USA resteront-elles toujours la première puissance  mondiale ?

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Rencontre avec Julia Coste, cofondatrice de l’association Monthly Dignity​

Article publié par Alya MIKOU le 09/08/2021

Rencontre avec Julia Coste, cofondatrice de l'association
Monthly Dignity

Elles sont collégiennes, lycéennes, étudiantes, travailleuses précaires, mères célibataires, migrantes ou sans-abris. Elles doivent renoncer à changer de protections périodiques autant qu’il le faudrait, faute de moyens. Ces femmes sont victimes de ce que l’on nomme la « précarité menstruelle ».

 

Nous avons rencontré Julia Coste, cofondatrice de l’association Monthly Dignity.

 

 

Bonjour Julia, pourrais-tu nous en dire un peu plus sur toi ?

« Je m’appelle Julia Coste, j’ai 22 ans et je suis co-fondatrice de l’association Monthly DignityJ’ai fait une licence en sciences politiques et développement international à McGill au Canada et je suis maintenant en master droits de l’Homme et actions humanitaires à Science Po Paris. »

Monthly Dignity, c’est quoi ?

« Monthly Dignity, c’est une association humanitaire que j’ai co-fondé en novembre 2017 au Canada ; nous luttons contre la précarité menstruelle

Comment t’es venue l’idée de lancer ce projet ?

« À l’origine, je ne voulais pas vraiment créer une organisation sachant que je n’avais aucune expérience. En général, les étudiants rejoignent des associations de leur campus ou des associations qui sont dans leur ville.

Je me suis renseignée et je n’avais trouvé aucune association, il y avait des abris mais rien qui s’intéressait spécifiquement à la précarité menstruelle. C’est un sujet qui m’a toujours intéressé, j’ai alors pensé à lancer une initiative d’une fois en faisant des partenariats avec des artistes engagés. Je voulais vendre leurs œuvres et utiliser les bénéfices pour l’achat de produits menstruels. Je me suis ensuite dit qu’il faudrait peut-être que je réfléchisse sur le long terme et c’est à ce moment que j’ai recruté ma co-fondatrice et l’association Monthly Dignity Canada est née ! »

Comment Monthly Dignity France a vu le jour ?

« La branche française de Monthly Dignity a été fondée en 2019 par cinq filles qui étudiaient à Science Po Paris. Depuis que je suis rentrée en France, j’ai rejoint l’équipe française et je suis devenue présidente de l’association.

En France, nous sommes encore en plein développement, nous avons distribué 18 000 produits alors qu’au Canada, ils sont à plus de 160 000 produits distribués.

Notre équipe exécutive est actuellement composée de cinq personnes et nous avons un pôle partenariat associatif, un pôle innovation ainsi qu’un pôle relations commerciales.

Tous les semestres, nous recrutons de nouveaux membres et créons de nouveaux pôles en fonction des objectifs que nous voulons atteindre. » 

 

Comment se passent vos récoltes ? D'où viennent les produits menstruels que vous distribuez ?

« Idéalement, on essaye d’avoir des partenariats avec des fabricants de produits d’hygiène menstruelle. C’est ce qui a lieu au Canada : ils sont en partenariat avec une entreprise qui fabrique les produits d’hygiène menstruelle pour différentes marques connues.

En général, avant l’étape du packaging, les produits sont les mêmes en termes de fabrication. Dès qu’il y a des invendus ou des changements de stratégie marketing (changement de la couleur du produit, du logo…), il y a plein de produits qui pourraient être utilisés mais qui ne sont pas revendus dans les magasins. Grâce à notre partenariat avec ce fabricant, on récupère les produits menstruels invendus dans les entrepôts et on les distribue.

Au Canada, on a lancé l’association à un moment très important : à cette époque, la précarité menstruelle n’était pas un sujet dont on parlait et aucune association n’était dédiée à cette cause. Le fabricant était donc ravi d’avoir un partenariat avec nous. En plus de l’aspect écologique, on s’occupe de récupérer et de distribuer les produits d’hygiène menstruelle, ils font alors une bonne action sans avoir de travail supplémentaire. Ce type de partenariat est idéal car durable. »

« En France, ça ne marche pas vraiment pareil : n’y a pas une grande usine qui fabrique des protections hygiéniques pour toutes les marques. 

La façon de penser en France est très différente comparé au Canada puisqu’ils sont particulièrement engagés. Notre campus se revendiquait féministe, presque tout le monde était féministe, ce n’était pas difficile de recruter, on avait plein de gens qui voulait aider.

En France, on est toujours à l’étape où il faut se justifier. Certaines personnes nous disent : « oui, les gens pauvres qui ne peuvent pas s’acheter de protections hygiéniques, c’est leur problème. Tout le monde a des opportunités égales dans la vie, tu mérites ce que tu as et on ne va pas donner des choses gratuites ». Ou aussi : « Pourquoi faire un don qui ne va aider que des femmes ? Ce n’est pas juste. ».

On arrive quand même à avoir des partenariats, mais avec des petites entreprises. Le problème de ces petites entreprises, c’est qu’elles produisent plus des produits écologiques et réutilisables. Ce n’est pas forcément le plus adapté aux personnes en situation de précarité. En effet, il faut pouvoir laver et sécher régulièrement une culotte menstruelle alors que certaines personnes sans-abris n’ont même pas de culotte de rechange. C’est parfois inimaginable pour eux d’avoir des culottes spéciales règles ou même d’avoir une cup menstruelle et de devoir la vider aux toilettes, puis se laver les mains, la laver et la désinfecter. »

 

 

Les choses commencent à bouger en France…

Dernièrement, les langues ont commencé à se délier. Nous avons enfin commencé à entendre parler de la précarité menstruelle qui est un sujet qui touche près de 2 millions de femmes en France.

« Il y a eu des posts d’influenceuses sur Instagram, comme @mybetterself qui a dénoncé cette précarité menstruelle, mais je ne pense pas que l’ouverture à la conversation sur ce sujet ait commencé seulement grâce à cela.

Lors du premier confinement, une femme avait témoigné : elle était allée acheter des protections hygiéniques et lorsqu’elle s’est faite arrêtée par un policier, elle a reçu une amende car son achat n’était apparemment pas un déplacement justifié. 

À la suite de toutes ces discussions et débats, le gouvernement a promis des protections hygiéniques gratuites disponibles dans les collèges et lycées. C’est un geste fort, important en termes d’égalité, de sensibilisation et de normalisation de ce sujet si tabou en France.

Mais malheureusement, cette décision n’impactera pas du tout les personnes avec lesquelles on travaille.   

« Ces personnes qui sont dans la rue et qui parfois, doivent choisir entre un repas et une protection menstruelle.»

Cette décision fait que l’on se pose des questions sur les priorités du gouvernement.. » 

Comment s’organisent vos distributions de produits ?

« On travaille avec des centres d’accueil et des abris et dans le futur, on aimerait bien travailler avec des associations qui font des maraudes et même avec des prisons.

En général, on travaille souvent avec des établissements pour les personnes dans le besoin, parce que les personnes en précarité menstruelle sont généralement en situation de précarité tout court, et elles ont besoin d’un accompagnement.

Nous proposons des protections hygiéniques jetables ainsi que des produits réutilisables. Si certains abris sont intéressés par ces produits réutilisables, nous organisons des ateliers pour sensibiliser et expliquer comment les utiliser. Le plus simple pour ces femmes reste la serviette hygiénique jetable.

En plus de travailler avec des abris, nous travaillons aussi avec des CHU. La PASS (Permanence d’Accès aux Soins de Santé) du CHU de Reims nous a contactés car ils avaient un besoin urgent de produits d’hygiène menstruelle. Après leur demande, on organise des campagnes de levées de fonds ou des événements comme des tombolas pour pouvoir acheter des protections hygiéniques. » 

 
 
 

Le COVID-19 a-t-il eu des conséquences sur votre travail ?

« Au Canada, ils ont pu diversifier leurs actions pendant la pandémie car ils n’étaient pas confinés. Ils ont commencé à distribuer plusieurs choses, comme de la nourriture, en plus des protections hygiéniques. Les membres de l’association allaient récupérer les dons pour que les donateurs n’aient pas à se déplacer et ensuite, ils les distribuaient aux abris partenaires.

En France, nous avons aussi essayé de diversifier nos actions. Beaucoup d’accouchements ont eu lieu dans des abris, nous avons alors commencé à distribuer tout type de produits d’hygiène, comme du savon, des couches pour bébés en plus des produits menstruels.

Malheureusement, le COVID a changé certaines choses : nous n’avons plus accès aux abris pour respecter les distances de sécurité. Les ateliers de sensibilisation et tout ce que l’on voulait organiser avec du contact humain ne sont plus envisageables pour l’instant. Même la mobilisation des bénévoles est plus difficile… » 

 
 
 

Comment pouvons-nous aider ?

«Nous avons une plateforme de don financier en ligne. 100% des dons sont reversés à l’achat de protections.

Nous organisons aussi des collectes que l’on annonce sur nos réseaux sociaux et pendant ces collectes, vous pouvez faire des dons de produits menstruels. Vous pouvez nous contacter par mail ou sur nos réseaux sociaux et nous viendrons chercher n’importe quel don. Vous pouvez également liker et partager nos post pour donner de la visibilité à notre projet.  » 

 
 
 

Les contacts de l'association :

En France :

Mail : monthlydignity.paris@gmail.com

Facebook – Instagram – Site internet  – Plateforme de don 

 

Au Canada :

Mail : monthlydignity@gmail.com

Facebook – Site internet – Plateforme de don 

  

 
 
 
 
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De « Nous aussi » à #SciencesPorc, ou comment Me too intègre les grandes écoles

Article publié par P. F. le 25/03/2021

Un mois après les accusations d’inceste de Camille Kouchner à l’égard d’Olivier Duhamel, ce sont les langues des étudiants et étudiantes victimes d’agressions sexistes et sexuelles de Sciences Po qui choisissent de se délier. La parole se libère, les manifestations s’organisent et Frédéric Mion, directeur de l’école, démissionne. La crise à laquelle l’IEP fait face n’est alors pas sans rappeler ce que les grandes écoles de commerce ont affronté il y a un an quand Mediapart soulignait leurs dérives. Il lui aura fallu trois ans, mais Me too semble avoir finalement réussi les concours d’entrée aux grandes écoles.

Le commencement

Les mois de janvier et février n’épargnent pas les grandes écoles françaises depuis deux ans. Si le bizutage qui s’y pratique n’est une surprise pour personne, les dernières révélations d’étudiants et de journalistes remettent en cause l’image de ces écoles et l’intégrité des dirigeants qui s’y forment. Racisme, homophobie et sexisme semblent se mêler à l’ambiance festive des campus, que l’on y étudie le commerce ou les sciences politiques.

Le 6 janvier 2020, Mediapart titre « Humiliations sexuelles, homophobie, sexisme : voyage au sein des grandes écoles de commerce françaises ». Pendant plusieurs pages, les journalistes du média indépendant décrivent des pratiques récurrentes au sein d’écoles renommées telles qu’HEC Paris, l’Essec et l’Edhec. De la « Chatte fraiche » des soirées jovaciennes à « La pute du mois » du journal lillois, les habitudes racistes, homophobes et sexistes s’accumulent. Plus encore, l’article souligne l’inertie des administrations qui, bien qu’affirmant avoir pris les choses en main, semblent voir le contrôle leur échapper. Cette impression d’inaction de la part des dirigeants est confirmée dix jours plus tard quand Libération publie une lettre ouverte rédigée et signée par un collectif de plus de cinq-cents étudiants de ces écoles. Par l’anaphore « Nous aussi », ils détaillent les discriminations et comportements irrespectueux qu’ils y ont subi mais aussi le peu d’aide et de soutien que leurs administrations respectives leur ont apportés par la suite. Ces dénonciations ne sont pas inédites. En 2018, l’EM Lyon faisait déjà face à de telles accusations après la découverte de l’existence d’un fichier notant les filles de l’école sur leurs mensurations et pratiques sexuelles.

Février 2021, Twitter déborde de témoignages d’étudiants et étudiantes de Sciences Po affirmant avoir été victimes d’agressions sexuelles et de propos sexistes au sein de l’institution. Le hashtag SciencesPorc arrive en tête en France pendant plusieurs jours et des manifestations s’organisent. On découvre alors l’existence d’un groupe Facebook « Les best bitches » cataloguant les étudiantes en fonction de leurs pratiques sexuelles. L’une d’elles affirme même que « La culture du viol est omniprésente dans les grandes écoles ». L’omerta aussi. En effet, ressortent des témoignages le sentiment que l’ambiance banalisant le sexisme est renforcée par le laissez-faire de l’administration. A Grenoble par exemple, les étudiants réclament plus de transparence de la part des établissements sur ce qui se passe réellement après un signalement d’agression. Le directeur démissionne fin février et, comme ses homologues commerciales un an auparavant, l’école se prépare à affronter une nouvelle crise de réputation alors qu’un de ses anciens professeurs renommés fait déjà l’objet d’une enquête pour viol et inceste. Me too a définitivement franchi les murs des grandes écoles françaises, l’espoir d’un changement des pratiques et mentalités est alors permis.

Les réactions

Face à ces deux crises, les réactions n’ont pas tardé. Attaquées sur leur réputation et, ce faisant, sur celle de leurs futurs, actuels et anciens élèves, les écoles ont principalement décidé de répondre par interviews et communiqués de presse. Ces choix ont limité la visibilité de la crise en dehors des sphères concernées et ont permis de mettre en valeur les actions qui avaient été ou allaient être effectuées pour mettre fin à ces comportements indignes.

Deux semaines après la publication de l’article, Peter Todd alors directeur d’HEC Paris accorde une interview au journal Les Échos. Un choix judicieux puisqu’il s’adresse alors directement au monde des affaires, destination principale de ses étudiants. Il y salue d’abord le courage des élèves ayant osé témoigner et applaudit la libération de la parole. Il rappelle à chacun d’entre eux que l’administration a toujours été de leur côté dans ce combat et qu’elle est parfaitement consciente de son rôle de sensibilisation et de soutien. Tout en reconnaissant avoir pu faire des erreurs, il énumère alors tout ce qui a été fait depuis plusieurs années pour remédier aux pratiques dénoncées. Le règlement ayant été renforcé en 2018, des dispositifs d’écoute, d’enquête et de sanction ont été mis en place. Ces mesures ont été rendues possibles par le recours à des experts tels que des psychologues pour jeunes adultes, le Ministère de l’enseignement supérieur et la police. En partenariat avec des associations du campus, des sessions plénières de prévention et un nouveau service ont été créés pour assurer le développement d’un campus plus inclusif, sensibilisé à ces questions. Enfin, le site internet SortieVauhallan, sur lequel les étudiants postaient photographies et rumeurs dégradantes, a été fermé en 2019. Le message du directeur est clair : HEC n’a pas attendu les révélations pour agir contrairement à ce qu’affirme l’article.

Sciences Po a préféré le communiqué de presse. Sur Twitter, là où le scandale a débuté, le compte officiel de l’école réaffirme son soutien aux victimes et à cette prise de parole. Il y rappelle qu’une cellule d’écoute avait été mise en place dès 2015 pour lutter contre les violences sexuelles et sexistes et que, face au peu de signalements, l’institution entend organiser une réflexion en partenariat avec ses associations pour renforcer le dispositif. Dans les jours suivants, les directeurs des différentes IEP prennent à leur tour la parole pour souligner d’un côté les moyens mis en œuvre et de l’autre leur impact finalement limité. La communication s’effectue ensuite plus implicitement par l’organisation et la mise en valeur de comités et d’événements visant à lutter contre les pratiques sexistes et la culture du viol dans l’école et, plus généralement, dans la société. Le 17 février, un groupe de travail, dirigé par la sociologue des religions Danièle Hervieu-Léger spécialisée dans les questions de violence sexuelle et de pédo-criminalité, est créé. Le 18 février, l’école organise une conférence sur le thème « militer pour l’égalité femme-homme ». Le 11 mars, un forum portant sur l’accès des femmes aux postes à responsabilité a lieu. En somme, Sciences Po gère sa crise en attaquant la culture du viol non seulement au sein de ses classes mais aussi, plus largement, dans l’ensemble de la société. Il s’agit là encore d’un choix judicieux, rappelant les valeurs de l’institution, puisqu’on ne peut imaginer une école de sciences sociales ignorer un phénomène sociétal de telle ampleur.

Libération de la parole

Les grandes écoles françaises font donc face depuis deux ans à des crises de réputation similaires. Cependant, une différence importante reste à noter entre les écoles de commerce et les IEP. Dans le premier cas, la crise a commencé en raison d’un article provenant de l’extérieur et dont la crédibilité a rapidement été remise en cause. En effet, dans les semaines ayant suivi la publication de Mediapart, de nombreux étudiants et membres administratifs ont démontré que les faits dénoncés dataient de plusieurs années déjà. L’association LGBT d’HEC, In&Out, a répondu au média : elle reconnait l’importance de souligner l’existence de ces faits mais tient à insister sur le soutien de l’administration et les changements qui ont été réalisés durant les cinq dernières années. A l’inverse, dans le cas de Sciences Po, les témoignages et accusation viennent directement de l’intérieur de l’institution. D’où la nécessité pour l’administration de ne pas réagir en démentant mais en réalisant des actions concrètes pour montrer qu’elle prend en compte la détresse de ses étudiants et cherche à y remédier.

Quoiqu’il en soit, la parole s’est libérée et, que les faits soient toujours omniprésents ou en nette baisse, elle a permis de mettre en lumière des agissements intolérables et dangereux parmi les élites françaises. Loin d’être exclues de ces phénomènes qui touchent encore la société, les grandes écoles doivent saisir ces crises comme un tremplin pour être cette fois les leaders d’une évolution plus que nécessaire.

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La place des femmes dans le monde du jeu vidéo

Article publié par Pierre LANGLOIS le 25/03/2021

Le sujet des femmes dans les jeux vidéo est un sujet très vaste et complexe, tant par la diversité des cas existants que par la complexité de ceux-ci. De plus, l’enjeu est de prendre en compte les femmes qui jouent aux jeux vidéo ainsi que les personnages féminins apparaissant dans ces jeux. Il s’agit alors de prendre en compte la conception de ces personnages, tant sur le plan de leur « physique », que sur leur « caractère », que de la plus-value que ces dernières apportent au développement de l’histoire. Cependant, il est impossible de parler de jeux vidéo sans parler de la communauté qui joue à ces derniers. Nous verrons alors la place qu’occupent les femmes dans cette communauté, autant d’un point de vue amateur, qu’au niveau professionnel.

Cet article a pour but de dresser un tableau de la situation des femmes dans le monde du jeu vidéo. Je ne prétends en aucun cas savoir ce que ressentent les femmes ni être exhaustif sur ce sujet extrêmement complexe.

La communauté "vidéoludiques"

Commençons par parler des femmes dans la communauté vidéoludique. Il est important de faire le distinguo entre plusieurs types de joueurs et donc de joueuses.

Le premier type est le milieu amateur, représenté par une large majorité de la communauté. C’est la partie de la communauté qui joue pour son plaisir, pour qui le jeu vidéo est un loisir. Ensuite vient la partie professionnelle de la communauté, que ce soit dans le milieu du streaming, de la diffusion en direct des parties de jeux vidéo, ou bien des « joueuses professionnelles », celles dont le métier est de participer à des compétitions sur les jeux vidéo. Étudions un peu plus en détail le milieu amateur du jeu vidéo.

Depuis de nombreuses années, la part des femmes dans la communauté vidéoludique ne cesse de croître, pour le meilleur et, à mon grand regret, pour le pire. Le pire car bien que les femmes représentent environ la moitié de la population des gamers, la communauté qui au départ était majoritairement masculine, n’est pas toujours respectueuse envers ces joueuses. En effet, si les femmes représentaient 46% des joueurs en France en 2017, elles étaient extrêmement sous représentées en 1999 avec seulement 10% de femmes pour 90% d’hommes. De nombreux problèmes se posent alors autour de l’acceptation des femmes dans les jeux vidéo. Il n’est pas rare, en jouant avec une amie, de voir des messages extrêmement sexistes tels que le fameux : « retourne à la cuisine ». Parce qu’il est évident que la place de la femme est à la cuisine, et non devant les jeux vidéo en cette belle année 1852 ! Plus sérieusement, ces propos d’un temps révolu sont, malheureusement, extrêmement fréquents. De plus, il n’est pas rare non plus que les femmes soient sujettes à des avances, souvent sexuelles et d’une extrême lourdeur lors de parties de jeux vidéo. Ces comportements les obligent à couper toutes les communications avec leur équipe : mettre le chat en muet et couper leur microphone. Cela leur permet alors d’avoir un peu de tranquillité car elles deviennent un joueur lambda, comme tout le monde, sans que personne ne puisse avoir d’information sur leur sexe. Cependant, lorsqu’elles sont obligées de communiquer, en faisant partie d’équipes amateurs par exemple, il est assez fréquent d’entendre le type de propos énoncé plus haut. Ayant personnellement fait partie d’équipes et ayant joué avec ou contre des équipes ayant des membres féminins, il m’est arrivé de voir ce genre de comportements par des membres de ma propre équipe ou bien contre un membre de mon équipe. Il est évident que ce genre de comportements sont à bannir et il est important que la personne concernée ou bien les capitaines réagissent lorsque ce genre d’incidents, qui ne relèvent et ne doivent pas relever de la banalité, se produisent. Cependant, on peut alors se demander pourquoi ce genre d’incidents arrivent aussi souvent ? Nous avons pour le moment parlé de la face sombre de ce milieu, cependant il est évident que les comportements ne se limitent pas à ceux énoncés ci-avant. En effet, lorsque la communauté se trouve être assez intelligente, de belles histoires s’écrivent avec par exemple des joueuses montant de toute pièce des structures composées de plusieurs équipes. Cependant, le respect devrait être la normalité et non quelque chose de remarquable.

Le monde professionnel

Passons à présent aux professionnels du jeu vidéo. Et oui, j’ai choisi de parler des « professionnels » et non seulement des « professionnelles » car des hommes s’engagent aussi, et ce depuis plusieurs années afin de lutter contre les différences et les problèmes communautaires au sein de cette communauté. On pourrait par exemple citer les vidéos de MrLeV12 en 2013 « les filles aux manettes, les hommes à la vaisselle » qui viennent casser ce cliché des femmes à la cuisine et montrer que oui, ces dernières jouent aussi aux jeux vidéo ; même si je ne vous conseille pas d’aller regarder ces vidéos qui ont, à mon avis, assez mal vieilli. Plus récemment, on peut citer le président de la structure professionnelle G2 Esports avançant que s’il avait tant de femmes à des postes clés, ce n’était absolument pas pour remplir des quotas, c’était simplement car c’était les meilleures à leur poste. Cela montre en effet la féminisation de ce milieu, bien qu’on puisse en effet se demander si cela ne devrait pas être normal plutôt qu’exceptionnel. Penchons-nous maintenant sur les professionnelles, celles qui gagnent leur vie grâce aux jeux vidéo. Comme j’ai pu l’énoncer, il existe plusieurs types de professionnelles du jeu vidéo. Il y a celles qui tout d’abord travaillent à la conception des jeux et qui viennent donc apporter un regard critique sur le développement, notamment des personnages féminins dans ces jeux. Ensuite il y a les streameuses. Un streameur, ou une streameuse, est une personne dont le métier consiste à diffuser en direct ses parties de jeux vidéo sur des plateformes telles que Twitch ou encore YouTube. Parmi les chaînes les plus connues, on peut citer Pokimane d’un point de vue international, ou bien des françaises telles que Maghla ou Jeel.

Cependant, quel regard la communauté porte sur les streameuses ? Sur les réseaux sociaux, il n’est pas rare de voir des messages de streameuses expliquant ce qu’elles subissent au quotidien. En effet, il est assez fréquent de voir la réussite de ces dernières réduite à leur simple genre, et non au contenu qu’elles proposent. Que ce soit par leur personnalité ou bien par leur professionnalisme, ces femmes évoluant dans un milieu majoritairement masculin, ont réussi à se faire une place à force de travail. Pourtant, ces dernières doivent souvent justifier leur réussite. Il est notamment courant de voir la réussite de Jeel associée à sa vie de couple et non à son travail, certains allant même jusqu’à dire qu’elle aurait travesti ses sentiments dans le seul but de se faire connaître. Cependant, il me semble très probable qu’une partie des détracteurs de ces streameuses sont simplement jaloux de leur réussite. D’expérience, il est difficile d’animer un live, une diffusion en direct, avec seulement trois ou quatre personnes dans le chat ; et c’est à force de persévérer et d’innover qu’elles se sont fait leur place passant progressivement à plusieurs dizaines, puis centaines, puis milliers de personnes à le visionner en direct. De plus, elles subissent de nombreuses remarques sexistes, tant sur leur physique, que sur la façon dont elles devraient être habillées. Si certaines ont réussi à faire taire une bonne partie des critiques en s’entourant d’une communauté bienveillante, celles dont la communauté n’est pas encore ancrée, les subissent de plein fouet. De plus, il est courant que ces streameuses reçoivent des messages de personnes leur demandant des photos ou des vidéos d’elles nues, ce qui n’a rien à voir avec le contenu que ces dernières proposent sur Twitch. Certaines streameuses sont d’anciennes ou d’actuelles joueuses professionnelles, comme il peut y avoir chez les hommes avec par exemple Gotaga.

Cette exposition médiatique, en plus de leur permettre de générer des revenus supplémentaires et des nouveaux sponsors, leur permet de se faire connaître et donc de recevoir le soutien d’une communauté lors de leurs compétitions. Il est alors temps de discuter de la scène compétitive féminine. Car si les femmes représentent 46% des joueurs, elles ne sont plus que 5% à participer à des LAN, de l’anglais Local Area Network, des compétitions organisées sur un réseau unique, permettant de gommer les désavantages liés à la connexion. Cette proportion, même si elle tend à augmenter, reste pour le moment extrêmement faible. Cela explique notamment le peu de compétitions exclusivement féminines, les disparités de niveau dans ces dernières et viennent poser la question de la distinction des ligues féminines et masculines dans les compétitions. En effet, si nous pouvons facilement comprendre, pour des raisons physiologiques, que pour les sports plus classiques cette distinction est effectuée, il est plus difficile d’expliquer cette distinction dans des sports comme l’esport. En effet, il ne semble pas évident que les différences morphologiques entre les hommes et les femmes expliquent la nécessité de créer une scène compétitive exclusivement masculine et une autre exclusivement féminine.

De plus, dans certains jeux, cette différence n’est pas effectuée et les femmes brillent tout autant par leur talent. On peut notamment citer l’illustre championne de jeux de combats (fighting game/versus fighting), Kayane qui en plus de sa carrière est aussi animatrice télévision sur la chaîne Game One. Ses performances sont impressionnantes avec notamment une 4e place mondiale à seulement 12 ans sur le jeu SoulCalibur II dans un tournoi qui était mixte. Les champions joués par Kayane sont toujours des personnages féminins et on vient donc se demander quels sont les rôles et les designs des personnages féminins au sein de ces jeux vidéo ?

Le sujet de l'hypersexualisation

Encore une fois, il me serait bien impossible d’être totalement exhaustif tant les cas sont multiples, mais essayons tout de même de voir la représentation des femmes dans les jeux vidéo.

Parlons tout d’abord du physique des personnages féminins et notamment de l’hypersexualisation d’une partie de ces derniers. Cette hypersexualisation passe notamment par l’exagération des formes des personnages, que ce soit la poitrine ou bien les fesses et aussi par les habits des personnages qui sont parfois légers voir minimalistes, ne couvrant que les parties du corps nécessaires à la bonne diffusion du jeu au grand public. On retrouve alors des personnages presque nus, pour ainsi dire, et dont parfois la seule explication plausible est de faire plaisir à une partie de la communauté. Prenons un cas extrêmement actuel qu’est celui de Fortnite avec la sortie du skin du personnage Chun-Li du jeu Street Fighter. Cet élément cosmétique, consistant simplement à changer l’apparence du personnage que nous contrôlons par l’apparence de Chun-Li fait en effet polémique de par la modélisation qui a été faite par les développeurs. En effet, elle a été modélisée avec un postérieur extrêmement développé, posant alors la question de la sexualisation notamment dans un jeu dont la communauté est assez jeune. Plusieurs joueurs connus ont pris la parole sur les réseaux sociaux et notamment sur twitter pour se moquer de l’éditeur.

Cependant, ce n’est absolument pas le seul cas de sexualisation des personnages dans les jeux vidéo. Par exemple, les studios asiatiques sont connus pour leurs personnages féminins sexualisés et nous pouvons alors faire un parallèle avec le monde du manga, monde dans lequel certains personnages féminins sont très formés et assez peu vêtus. On pourra notamment citer Nami de One Piece ou encore Lucy Heartfilia du manga Fairy Tail. Cependant, de nos jours, les personnages féminins ne se limitent pas seulement à des personnages dont le physique a pour but d’attirer les joueurs masculins. En effet, nombre de personnages sont aujourd’hui traités avec le plus grand soin et ont une véritable âme et une profondeur plus intéressante que la simple femme objet. On peut parler notamment de l’héroïne principale du jeu Horizon Zero Dawn, dans lequel le personnage principal est une femme dont on va découvrir l’histoire au fil du jeu. On peut aussi parler du grand classique NieR : Automata avec l’un des personnages principaux étant l’androïde de combat à l’allure féminine 2B, l’entièreté du jeu interrogeant sur la condition des machines. Des éditeurs font aussi le choix d’avoir pour égérie des personnages féminins, dans lesquels on pourra citer le jeu Overwatch du géant Blizzard, ce dernier ayant pour figure de proue Tracer, une femme homosexuelle dont on apprendra l’histoire au travers des bandes dessinées publiées par l’éditeur. Nous pourrions continuer par de nombreux exemples tant ceux-ci ne manquent pas.

On peut alors s’interroger sur l’évolution de la femme et de sa représentation en terme de nombre dans le jeu vidéo ces dernières années. En effet, on voit de plus en plus de personnages féminins dans les jeux vidéo, soit en tant qu’héroïne principale dans des jeux solo avec par exemple des systèmes de choix du sexe du personnage au début du jeu ou bien des jeux entièrement créés autour d’un personnage féminin. De plus, dans les jeux où de multiples personnages sont disponibles, des personnages féminins sont en général jouables. L’accroissement du nombre de personnages féminins peut être mis en corrélation avec l’évolution de notre société sur le regard de la femme mais aussi avec le nombre de femmes à jouer aux jeux vidéo. En effet, si les femmes étaient représentées comme les clichés décrits plus haut, c’était notamment pour attirer une population masculine hétérosexuelle. Cependant, les choses ont évolué depuis et maintenant les personnages doivent aussi satisfaire les joueuses voulant par exemple s’identifier au personnage qu’elles jouent. Cela va-t-il pousser les éditeurs de jeux vidéo à continuer à créer des personnages féminins intéressants, possédant une véritable histoire ? Il est fort probable. Cela va-t-il empêcher les éditeurs de créer des personnages féminins à la plastique irréprochable et même idéalisée ? Rien n’est moins sûr.

Bien qu’aujourd’hui jouer aux jeux vidéo se conjugue aussi bien au masculin qu’au féminin, les femmes peinent toujours à se faire accepter. Ces tristes différences se ressentent tous les jours, que ce soit sur Twitter ou bien sur Twitch. De plus, bien que la représentation de la femme, tant par son nombre que par le character design, évolue nettement au fil des années. Le sujet de la place de la femme dans les jeux vidéo est un sujet complexe et qui, à mon humble avis, restera encore un sujet important dans les années à venir.

Si ce sujet vous intéresse je vous invite à faire un tour à ces adresses :

https://womeningamesfrance.org/, Association de professionnel·le·s œuvrant pour la mixité dans l’industrie du jeu vidéo en France

https://www.arte.tv/fr/videos/078750-004-A/art-of-gaming/, émission sur les femmes en tant que héros de jeux vidéo avec la streameuse Trinity accompagné de la sociologue Marion Coville

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La précarité menstruelle, un problème encore trop peu connu

Article publié par Rébecca FOSSA le 23/03/2021

Règles, ragnagna ou même les anglaises qui débarquent, tant d’expressions pour désigner les menstruations. Après tout, en France il s’agit encore aujourd’hui d’un sujet plutôt tabou. L’UNESCO estimait en 2018 que, dans le monde, seulement 2 filles sur 3 savent ce qui leur arrive lorsqu’elles saignent pour la première fois. Un tabou qui relègue au second plan un enjeu économique et social toutefois très important. Car avoir ses règles peut coûter cher. Certains diront que se protéger est un confort mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. En moyenne une femme est menstruée durant 39 ans. En France, pour le simple achat de protection hygiénique, elle dépensera 3420 €. Si l’on prend les dépenses dans leur globalité, c’est en moyenne 20 € chaque mois qui sont dépensés, que ce soit pour les protections, les antidouleurs, les rendez-vous médicaux, le linge de rechange et bien encore. Un coût plus que conséquent auquel il est aujourd’hui nécessaire d’apporter plus d’attention, car ces coûts mènent 2 millions de femme en France à la précarité menstruelle.

Précarité menstruelle : difficulté ou manque d’accès des personnes réglées aux protections hygiéniques par pauvreté.

Des produits fortement taxés

Revenons un petit peu sur l’histoire des protections hygiéniques. Considéré comme un confort, objet de consommation ou crime contre l’environnement, les protections hygiéniques à usage unique tel que nous les connaissons ne sont pas si vieilles. Elles n’apparaissent en France que dans les années 60 et s’accrochaient encore avec une épingle à nourrice. Il faudra attendre 1970 pour qu’elles arborent la bande adhésive et 1973 pour que leur publicité soit autorisée à la télévision. Puis la CUP (coupe menstruelle) sans latex apparaît dans les années 2000 en Angleterre. Mais jusqu’ici se protéger est un luxe. Oui, un vrai luxe car jusqu’en 2015, les protections menstruelles étaient taxées à 20%, autant que l’alcool. La taxe tampon a permis de réduire la taxe appliquée aux protections hygiéniques à usage unique à 5.5%. Mais la plus grande avancée dans la lutte des protections hygiéniques revient à l’Écosse l’année dernière. En effet, le 24 Novembre 2020 l’Écosse a été le premier pays au monde à rendre gratuites les protections hygiéniques. Gardons toutefois en tête que nos voisins européens ne sont pas toujours de bons exemples, en Hongrie la taxe est de 27%, au Danemark et en Suède de 25%.

La précarité chez les étudiantes

Alors où en est-on en France ? Certains lycées et universités ont pris des initiatives, comme l’université de Lille en 2018 ou des lycées parisiens en 2019, afin de distribuer des protections hygiéniques gratuites. Fin 2020, le président Macron annonçait des mesures à venir sur le sujet. Et c’est chose faite ! Le 23 Février dernier Frédérique Vidal, ministre de l’enseignement supérieur, a annoncé la gratuité des protections hygiéniques pour les étudiantes en France à partir de septembre prochain. Un plan à 15 millions d’euros par an, qui permettra la mise en place de 1500 distributeurs de protections bio dans les résidences Crous et dans les universités d’ici septembre.

Un plan qui pourra sembler non nécessaire pour certains et pourtant c’est une réponse à un besoin bien présent. En France, nous rappelons que 2 millions de femmes sont en situation de précarité menstruelle. La précarité menstruelle touche 7% des étudiantes, et 33% estiment avoir besoin d’aide pour se protéger. 13% ont déjà dû choisir entre des protections et un objet de première nécessité. Des chiffres alarmants publiés dans une étude de la FAGE (Fédération des associations générales étudiantes) soutenue par Règles Élémentaires en Février 2021. Ne pas pouvoir se procurer des protections hygiéniques pour une étudiante c’est être gêné dans ses études et bien plus. 1 sur 10 fabrique elle-même ses protections et 1 sur 20 utilise du papier toilette. Tant de facteurs qui, tout comme un port prolongé, peuvent provoquer des chocs toxiques et s’avérer dangereux pour la santé.

Le sujet qui fait débat

La gratuité des protections hygiéniques soulève de nombreux débats qu’ils soient de l’ordre économique ou même environnemental. Oui, on ne va pas le cacher, les protections à usage unique polluent énormément et les produits chimiques qui les composent sont aussi dangereux pour l’environnement que pour les femmes qui les portent. Il existe de plus en plus d’alternatives comme la CUP ou les culottes de règles mais pour beaucoup le coût est encore trop élevé. Alors si vous souhaitez en savoir plus nous vous invitons à aller lire le rapport de la FAGE, vous renseigner auprès d’association comme Règles Élémentaires qui est la première association française dans la lutte contre la précarité menstruelle, mais aussi donner lors des collectes.

En septembre un premier pas pour les étudiantes aura été fait et nous espérons que le campus Eiffel bénéficiera d’actions dans cette lutte. Il reste encore des avancées à effectuer. Des avancées qui se feront par la sensibilisation auprès des jeunes et pour les plus âgés par une lutte pour faire tomber le tabou des règles.

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L’histoire du féminisme

Article publié par Aïcha NDIAYE le 22/03/2021

8 mars rime avec journée internationale des droits des femmes. Et en vue de cette journée, nous avions choisi de nous pencher sur le féminisme et ses différents courants. Qu’est-ce que le féminisme ? À quel moment est-il apparu ? Comment le féminisme a-t-il évolué depuis son apparition ?

Du latin femina, le féminisme est une doctrine ou attitude politique, philosophique ou sociale fondée sur l’égalité des sexes. Son objectif principal : améliorer la condition de la femme dans une société basée sur l’inégalité.

En France, le mouvement est apparu sous la Révolution comme une doctrine issue du siècle des lumières. Ces revendications d’égalité entre hommes et femmes ne sont cependant pas entendues par les révolutionnaires.

Pourquoi cette émergence féministe en France ?

La première vague

En 1804, la femme n’était pas considérée sur le plan légal, comme un homme : le Code Civil la plaçait sous la tutelle de son père puis de son mari, la privant ainsi de capacité juridique. Les femmes étaient d’ailleurs exclues de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

Les deux Guerres mondiales ont grandement conduit à faire évoluer la position des femmes car, au cours de ces deux conflits, elles ont démontré leur pleine capacité à assumer les mêmes fonctions et responsabilités que les hommes : dans les champs, dans les usines, dans les rangs de la résistance ; ce qui a profondément changé la conception des rapports sociaux. En outre, les femmes revendiquent leur droit par le biais du militantisme : les suffragettes par exemple, descendent dans la rue pour manifester en faveur du droit de vote des femmes.

Sur le plan intellectuel, des œuvres telles que Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir (1949), repris plus tard par les féministes de la deuxième vague, dénoncent le sexisme, la lâcheté et la cruauté de certains hommes mais aussi le fatalisme, la soumission et l’inaction de certaines femmes.

Ainsi ces prises de conscience dans le contexte de l’après-guerre vont contribuer à ce que les femmes obtiennent des droits civiques : le droit de vote, le droit de participer aux institutions publiques et le droit à l’éducation. Cette phase constitue la première vague du féminisme.

Celles qui suivirent

Après avoir obtenu leur droit politique et social, les femmes doivent se battre pour la libération de leur corps, c’est la deuxième vague.

Dans la rue, le Mouvement de Libération des femmes (MLF), né en 1970, diffuse le slogan « Notre corps nous appartient ». L’une des co-fondatrices de ce mouvement, Antoinette Fouque, ouvre de nouvelles pistes de réflexion par rapport à la libération de la femme telles que la misogynie, le renversement du patriarcat, la maîtrise des fonctions reproductives, la notion de genre pour rééquilibrer les rapports entre les sexes… Jusqu’à cette époque, ces termes encore inconnus apparaissent. Cette nouvelle vague appelle ainsi à la construction de nouveaux liens sociaux.

Suite à cela survient la troisième vague du féminisme. Celle-ci met l’accent sur l’oppression commune de toutes les femmes. Basée sur des sujets non abordés par le féminisme de la deuxième vague tels que les droits et le respect pour les femmes de couleur, les femmes du tiers-monde, les migrantes, les homosexuelles ou les figures Queer ; le féminisme de la troisième vague décortique la catégorie Femme et met en avant son hétérogénéité. On assiste donc à la naissance de nouveaux courants au sein du mouvement.  Parmi ceux-ci nous pouvons citer : le féminisme radical, le constructivisme, l’essentialisme, le matérialisme, le féminisme post-moderne, et la théorie Queer.

Aujourd’hui en 2021, nous sommes dans cette troisième vague, le féminisme en France sera différent du féminisme au Sénégal, mais le combat reste le même : la lutte pour l’égalité des genres et une justice rétablie.

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Podcast

Le jeu d’échecs : de mythe à avancées technologiques | Interview Maxime Vachier-Lagrave

Podcast publié le 24/02/2021

Dans ce troisième numéro des podcasts du Club Alma nous étudierons de près un des plus anciens jeux créé par l’Homme. Par leur possible origine jusqu’au plus grands champions d’échecs nous passerons par l’implication des intelligence artificielles et aussi à la création de légendes comme celle du Brahmane Sissa.

Nous aurons également la chance d’accueillir Maxime Vachier-Lagrave, numéro un français pour une entrevue exclusive avec le Club Alma.

UN PODCAST ORIGINAL DU CLUB ALMA

Écrit et Enregistré par :

Olivier LANVERT

Montage :

Aurèle DUPARC

Avec l’aide de :

Thomas OUKIL

Mathys NOIR

Clément BAZART

Le Club Alma remercie également Maxime Vachier-Lagrave de nous avoir accordé son temps pour cette entrevue.

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L’intelligence artificielle, un moyen de se reconnecter

Article publié par Simon ZHANG le 11/02/2021

Depuis ses débuts, l’intelligence artificielle a démontré des capacités allant au-delà de ce que nous, humains, pouvons faire. Le potentiel et les possibilités s’y cachant derrière perturbent les marchés, les emplois mais surtout les esprits. Mon objectif dans cet article n’est pas de critiquer nos instincts les plus primaires comme la peur, mais de bien souligner les différentes solutions qu’elle peut apporter aux problèmes au sein de nos relations interpersonnelles. Ce sera l’occasion de parler de sujets tels que la solitude, les chatbots mais aussi des rencontres amoureuses.

Identifier la solitude

Un des problèmes majeurs impactant notre moral remis sous le joug du confinement est notre capacité à se connecter avec les autres. Beaucoup de témoignages de personnes se sentant seules ressortent. Ces derniers montrent que tout type de démographie est touché. La solitude est encore un sujet dur à traiter car les médias n’en parlent pas assez mais il s’agit d’un réel problème. D’après l’étude menée par Julianne Holt-Lunstad, professeure de psychologie à l’Université de Brigham Young, la solitude et l’isolement social peuvent augmenter le risque de décès prématuré jusqu’à 50%. Elle serait plus fatale que l’obésité ou encore le tabagisme.

Pour remédier à cela, des chercheurs de la faculté de médecine de l’Université de Californie à San Diego ont développé une intelligence artificielle permettant de mesurer le niveau de solitude chez les adultes en analysant la parole. C’est en exploitant le traitement automatique des langues que des systèmes de machine learning avancent au point d’être capable de détecter des troubles mentaux tels que la psychose, le trouble de stress post-traumatique, la bipolarité, la dépression et maintenant la solitude.

Selon l’étude le modèle aurait 94% de chance de prédire correctement le sentiment de solitude. Plus la personne se sentait seule, plus la réponse aux questions centrées sur la solitude était longue.

Grâce à cela, un maximum de personnes souffrantes pourront être diagnostiquées. Il y a de fortes chances qu’une personne de votre entourage soit affectée, mais cette fois-ci une chose est sûre : c’est la connaissance de la souffrance présente chez l’autre. Ici l’intelligence artificielle est une porte ouverte sur l’état mental d’une personne et peut donner naissance à une main tendue, une réelle reconnexion.

Parler de manière décomplexée

Certains sujets sont difficiles à aborder avec les autres. Bien souvent, les personnes se sentent mal à l’aise et décident de rester silencieux, par peur du jugement. Les mots peuvent être aussi bien assassins que curatifs.

Des entreprises comme Pandorabots tentent de donner une oreille attentive. Pandorabots se concentre principalement sur la réalisation de chatbots et a fini par développer Mitsuku, un robot doté d’une intelligence émotionnelle avec qui il est possible d’avoir une discussion. Les utilisateurs s’adressent à Mitsuku pour se sentir moins seuls. Fait également intéressant, les personnes entrant en contact avec Mitsuku le font pour une grande variété de raisons. Par exemple, les adolescents et les jeunes adultes parlent de harcèlement scolaire ou bien parfois pour avoir des conseils romantiques.

 Les personnes âgées utilisent aussi Mitsuku pour leur tenir compagnie. Il faut savoir que 300 000 français de plus de 60 ans se retrouvent en état de mort sociale. 32% n’ont aucune personne à qui parler de sujets personnels. L’intelligence artificielle sous cette perspective offre du réconfort et du dialogue. Néanmoins, Mitsuku ne remplace en aucun cas une vraie personne mais dans le meilleur des cas, elle peut aider à prendre contact avec autrui.

“Mitsuku ne prétend pas d’être capable de remplacer une vraie personne, mais elle est toujours disponible si quelqu’un a besoin d’elle, à la place de parler aux quatres murs”Steve Worswick, concepteur IA senior à Pandorabots

Faire des rencontres de meilleure qualité

Certaines applications de rencontres telles que OKCupid utilisent le machine learning pour améliorer la compatibilité entre 2 profils. C’est grâce aux réponses que vous fournissez à des questions personnelles telles que : « Voulez-vous avoir des enfants un jour ? », « Aimez-vous être le centre de l’attention ?» que l’application de rencontre vous met en relation avec un profil.

Il s’agit d’un moyen efficace, au point que le Japon est prêt à investir plus de 19,2 millions de dollars dans des services de rencontres alimentés par l’intelligence artificielle. Cette dernière décision s’explique à cause de la situation critique du Japon. En effet, en 2019 le Japon a enregistré le plus faible nombre de naissances depuis 1899. L’intelligence artificielle serait un nouvel espoir pour combattre le taux de célibat très élevé (65% pour les 18-34 ans) face à une population se faisant de plus en plus vieillissante.

Désormais, nous pourrions donc conclure que l’intelligence artificielle est un outil formidable qui peut être appliqué à tous les domaines pour résoudre tous types de problèmes. Mais comme tout outil, il faut se prémunir de patience et de vigilance car en effet l’intelligence artificielle peut nous rassembler ou bien nous diviser. C’est pourquoi les usages doivent être contrôlés afin de limiter les abus et de contribuer au bien commun.

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Entreprendre en série et changer une industrie

Article publié par Rébecca FOSSA le 31/01/2021

Jeudi 14 janvier dernier, le Club Alma accueillait son premier conférencier de 2021 : Christian Jorge ; l’occasion de partager son histoire d’auto-entrepreneur plus qu’expérimenté… 23 ans après avoir co-fondé sa première entreprise, il cumule aujourd’hui 9 lancements de start-ups à son actif, dans des secteurs allant du design à l’e-commerce. Attelé depuis bientôt 2 ans à l’émergence d’Omie & Cie, il se lance à présent dans une disruption du modèle de distribution alimentaire industrielle…

Christian Jorge et l’entreprenariat

Christian Jorge est un parisien de 19 ans lorsqu’un premier projet de startup émerge dans son esprit. Bien que cette idée n’aboutisse pas, le premier pas est fait… et à seulement 22 ans, après deux années de faculté d’économie, il (co)fonde sa première entreprise : IDEO. 8 entreprises plus tard, il nous le dit sans détour : certaines ont fonctionné, d’autres non ; retenons que de chacune de ces expériences il aura su tirer des leçons. Créer une entreprise est une activité qu’il aime profondément. Bien que nous le qualifions aujourd’hui d’entrepreneur “en série”, il se présente également comme “business angel”, ou “investisseur providentiel” comme certains le traduisent. En clair, il soutient d’autres structures naissantes dans leur lancement et conquête de nouveaux marchés. Tous ces projets l’auront amené à naviguer entre les secteurs de la communication digitale, du e-commerce et de la technologie… Toutes ces choses qui lui paraissent importantes et dont il souhaite qu’elles aient un impact positif sur notre monde.

L’entreprise pour laquelle il est le plus connu est sans doute aujourd’hui Vestiaire Collective. Fondée en 2009, cette étoile de la marketplace est partie d’un constat simple : “Pourquoi tant de pièces de mode de luxe sont-elles reléguées au fond de nos penderies ? Pourrait-il y avoir un moyen de prolonger leur durée de vie en les remettant en circulation ?”. Un pari gagné, dont il nous confie son plus grand succès : l’arrivée à New York !

Ce début d’année marque le lancement d’Omie & Cie, entreprise fondée “en pleine conscience”, qui vise à modifier durablement notre modèle de consommation alimentaire. Fini les 100 références de sauces tomates en rayon, Omie propose de recevoir lors de tournées fixes une gamme de produits réduite mais pensée avec les producteurs.  Le but : assurer 100% de traçabilité et un prix juste, le tout en parfait accord avec les objectifs du développement durable. Ce projet pas des moins ambitieux nous montre le tournant qu’il a entrepris dans sa carrière, en cherchant à créer des entreprises d’impact respectueuses de tous. 

Devenir entrepreneur

Christian Jorge nous l’explique, devenir entrepreneur nécessite selon lui un certain profil: tout le monde n’en a pas la capacité. Car il faut du tempérament et de la résilience pour aborder cette aventure humainement intense, que cela soit par les risques financiers, l’influence sur votre vie privée, le rapport à l’échec ou encore votre confrontation personnelle à la prise de décisions difficiles.

« C’est un marathon dont on ressort avec des cicatrices. »

L’entrepreneur a un rôle changeant. Lorsqu’il monte sa start-up, il n’est pas encore assez entouré pour se permettre d’esquiver les différentes parties opérationnelles du projet. Plus l’entreprise grandit, plus il acquiert de possibilités de déléguer ces missions à des collaborateurs pleinement compétents. Le rôle de l’entrepreneur a aussi une importante part sociale. Et même si cela apporte du bon, monter une entreprise a toujours un côté sombre… Christian Jorge aborde alors l’échec de sa première start-up, la difficulté de faire face à des personnes tellement impliquées dans le projet qu’elles s’y accrochent coûte que coûte. C’est là qu’intervient le véritable besoin d’une prise de recul et surtout de vision pour l’avenir.

Devenir entrepreneur nécessite également quelques compétences de base dans la gestion d’entreprise, à commencer par le management : cela s’apprend et le talent ne fait pas tout. Alors à notre interrogation “Comment enseigner l’entrepreneuriat”, Christian Jorge répond par la nécessité du coaching, le besoin de concret et de vivacité. Car il faut savoir saisir les opportunités et provoquer sa chance, il est primordial d’être accompagné dans sa démarche, et chemin faisant, de pouvoir rencontrer les bonnes personnes. Les étudiants du Campus Eiffel qui s’en sentent la fibre ont pour cela quelques moyens à disposition, avec les Junior entreprises ou encore les incubateurs…

L’entrepreneur en série et une nouvelle vision de l’entreprise

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Pourquoi réitérer, qu’est ce qui amène notre entrepreneur à récidiver ? Ce côté n-ième fois est pour lui une volonté de ne pas rester à long terme un membre actif de l’entreprise que l’on crée. Il l’a souligné, s’écarter de l’entreprise que l’on a créée n’est pas toujours possible. Mais ce qui l’a poussé à recommencer, c’est le début amical du projet avant de trouver la bonne voie et donner un véritable sens au projet. Ses dernières itérations l’amènent à rechercher quelque chose de plus personnel.

 « Entreprise : rassembler les humains d’une belle manière afin de créer de la valeur »

Nous en discutions, les jeunes diplômés entrant dans la vie active sont de plus en plus avides d’entreprises en accord avec leurs valeurs. L’entreprise idéale se doit d’être porteuse de sens, d’avoir une volonté qui dépasse le but primaire de profit. Notre invité nous détaille ainsi sa vision des 3P : Profit + Planet + People, qui avec le label B Corp prône la transparence et le respect des normes environnementales et sociétales mondiales. Des valeurs qu’il met aujourd’hui un poing d’honneur à soutenir et à intégrer dans ses projets… 

Christian Jorge, merci encore pour cette intervention auprès des jeunes du campus, ces échanges et conseils qui nous marquent alors même que la plupart d’entre nous s’apprêtent à se lancer dans la vie active. À tous les autres lecteurs, cet événement est à retrouver dans son intégralité sur notre chaîne Youtube… Dans l’attente de notre prochaine conférence n’oubliez pas de rêver, mais surtout, de vous donner les moyens de concrétiser vos rêves !

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Rencontre avec Alice Barbier, cofondatrice du blog “jaimetoutcheztoi”

Article publié par Alya MIKOU le 16/01/2021

La fashion Week 2020, leur début dans l’industrie de la mode… Rencontre avec Alice Barbier cofondatrice du blog "jaimetoutcheztoi"

Il y a près de 8 ans, lors de leur séjour d’un an à Los Angeles, Alice Barbier et JS Roques eurent l’idée de créer un blog. C’est en février 2013 que “jaimetoutcheztoi” voit le jour.

Les magiciens fondateurs de “jaimetoutcheztoi“ se sont rencontrés lors de leur année de 5ème au collège. Ils ont été copains, puis amoureux et ont gardé le même cercle d’amis depuis. A la vingtaine, Alice et JS se sont fréquentés à nouveau et ils sont maintenant ensemble depuis déjà 9 ans.

Alice a obtenu une licence en lettres modernes suivie d’un master en communication de la mode et du luxe. JS, quant à lui, est diplômé d’un brevet dessinateur maquettiste.
Tous deux ont toujours été attirés par l’art, le design et la mode et se prédestinaient à évoluer dans ces domaines.
Après la création de leur blog ainsi que de leur page Instagram nous avons pu suivre leur très belle évolution.
En effet, le duo fait aujourd’hui partie des incontournables de la mode sur Instagram. Invités à tous les défilés de la Fashion Week, nous avons pu admirer leurs looks coordonnés, à la pointe de la mode, voir parfois avant-gardistes.

Comment vous êtes-vous lancés dans cette industrie ?

« Entre ma licence et mon master, j’ai fait un an à UCLA à Los Angeles pour étudier le marketing, JS m’avait rejoint.

 On était loin de nos amis et de notre famille, on avait un petit peu de temps et je savais qu’au terme de mon diplôme, il fallait que j’aille toquer à la porte des maisons de mode que j’aimais pour attester de ma passion. A l’époque, j’ai pensé que tenir un blog pouvait me permettre de témoigner de cette passion puisque je dédiais mon temps libre à organiser des petits shootings photos et à écrire des articles pour le blog. 

JS de son côté a toujours eu un penchant pour la mode, ce qui est assez rare pour les hommes. En général ils sont coquets mais ne sont pas tous portés sur la mode alors que lui a toujours été passionné par ça. 

L’idée du blog est donc venue comme ça, c’était plus un moyen qu’une fin en vérité. Le but était de s’en servir comme hobby,  qui pourrait nous permettre de constituer un portfolio pour plus tard. Puis finalement, à notre grande surprise, ça a pris une ampleur inattendue, et tant mieux on en est très contents. On n’aurait jamais pu imaginer qu’on en ferait notre métier, qu’on pourrait monter une société et qu’on gagnerait notre vie grâce à ça. »

« On prend ce qu’il y a à prendre au jour le jour. »

Si vous deviez choisir le meilleur et le pire aspect de votre métier, quels seraient-ils ?

« Le pire aspect, si tant est que cela en soit un, est que ça ne s’arrête jamais. On travaille 365 jours par an. On n’a pas vraiment de weekends ou de vacances. De plus, les clients n’envisagent pas vraiment que les indépendants puissent prendre une semaine de vacances sans répondre à leurs emails. C’est le problème de tous les entrepreneurs et des indépendants, on ne s’arrête pas aux 35 heures par semaine. Quand on rentre chez soi, après une journée de rendez-vous et de shooting, on doit continuer à répondre aux mails, faire la comptabilité, faire de la négociation, éditer des photos…

La profession que nous avons choisi d’exercer est très énergivore et très prenante. »

« Tu ne débranches jamais, tu es tout le temps connecté. »

« Le pendant de cet inconvénient est la liberté de faire ce dont on a envie, vivre de notre passion et organiser notre emploi du temps comme on le souhaite. Ce qui est super chouette dans ce métier c’est que l’on est amenés à beaucoup voyager, on vit des expériences assez folles qui nous font prendre conscience que l’on n’a pas vraiment à se plaindre. Oui on bosse beaucoup, mais en même temps on vit des choses géniales. 

Notre communauté est vraiment bienveillante. Ça nous étonne toujours autant de rencontrer des gens qui nous reconnaissent dans la rue parce que l’on fait de la création de contenu qu’on poste sur les réseaux sociaux, on n’a pas de talent particulier, on n’est pas chanteur ni acteur. »

Peu de personnes se rendent compte de la quantité de travail que les créateurs de contenus et influenceurs doivent fournir. Derrière une publication Instagram se cache parfois plusieurs heures d’organisation et de travail. Ça serait peut-être un point à souligner pour que l’on puisse comprendre que c’est un métier à part entière?

« C’est normal que les gens ne se rendent pas compte du travail qu’il y a derrière car c’est notre but de vendre une image, un style de vie. 

Forcément, ça ne vend pas du rêve de dire aux gens qu’on se couche à 2h du matin tous les soirs ou qu’on a les yeux super fatigués à force de bosser sur des écrans. 

On vend cette image un peu rêvée de “hop“ en un claquement de doigts, on part faire des photos sur un toit de Paris, alors que ça demande toute une organisation. Il faut se coordonner avec le photographe, choisir le bon jour, faire les photos et les éditer. » 

 

Qu’avez-vous pensé de la fashion week cette année qui a été fortement impactée par l’épidémie de coronavirus ?

« Pour quelqu’un qui bosse dans l’industrie, ça m’a fait du bien que le rythme soit un peu plus lent, qu’il y ait moins de défilés. On a pris plus  de temps à apprécier les quelques défilés physiques qu’il y avait, alors que normalement tu cours, tu enchaines 5 ou 6 défilés dans la journée et il y en a un par heure. Tu rentres chez toi, tu es lessivé et tu n’as presque pas apprécié le moment.

Je trouve que la situation actuelle a un peu forcé les marques à proposer autre chose, notamment avec les expériences digitales, autant pour les gens de l’industrie que pour le grand public. Alors qu’avant elles se contentaient simplement de faire des lives en direct du défilé. »

Pensez-vous un jour lancer votre propre marque ? Si oui, quelles valeurs prônerait-elle ?

« On y a pensé et on ne dit pas non. On aimerait beaucoup le faire mais ce qui nous pose problème, c’est qu’on n’a pas envie de lancer une marque juste pour lancer une énième marque, car actuellement l’industrie de la mode est saturée. 

« Est-ce que la planète a besoin d’une énième marque de fringue ? Je ne pense pas… »

Si on était amenés à lancer notre marque, l’objectif principal serait de faire en sorte que le sourcing et la production soient le plus possible “eco friendly”. 

De manière égoïste, j’adorerais pouvoir designer des choses et les produire surtout qu’on sait que notre communauté nous le demande souvent mais je n’ai pas envie d’être égoïste. Je me dis que si on le fait il faut que ce soit vraiment bien et que ce soit en accord avec nos valeurs personnelles. Il faut que la marque soit respectueuse de l’environnement. » 

Si vous ne connaissez pas leur contenu, je vous conseille de faire une pause et d’aller regarder sur leur Instagram la vidéo qu’ils ont créée pour la marque Estée Lauder. 

Vous allez vous évader momentanément de votre quotidien pour atterrir dans un véritable rêve, un poème envoûtant qu’ils ont écrit, réalisé, filmé et monté seuls.